Shapeshifter
geetha thurairajah, 

Vernissage : samedi 25 février 2017, 15h à 18h
Exposition : 25 février au 25 mars 2017

PROJET PANGÉE a le plaisir de présenter l'exposition Shapeshifter, première exposition solo de geetha thurairajah à Montréal. Ses tableaux sont des espaces théâtraux où s'expriment de multiples identités en un seul acte. Existant entre l'espace numérique et l'espace physique, ses tableaux utilisent l'abstraction et l'allégorie pour refléter l'ironie, la complexité et la confusion d'une expérience diasporique. La réalité virtuelle est imitée, car les référents visuels nient les limites du temps et de l'espace tout en occupant des espaces indéfinis. Les symboles d'un héritage sri-lankais absent apparaissent à côté d'images appropriées de l'histoire de la peinture. Les formes abstraites guident les spectateurs à travers des réalités artificielles. thurairajah créée des scènes invitant le spectateur à y participer pour qui l’en devienne l'interprète principal, tout en lui rappelant son regard extérieur. Les formes et les espaces crédibles sont brisés quand la limite de la surface du tableau devient un rebord pictural, ou encore quand une application expressive de la peinture devient tout à coup une plante. Le processus de thurairajah commence avec des dessins numériques créés sur une tablette, qui sont ensuite transférés dans l'espace physique comme peintures en utilisant des techniques traditionnelles ainsi que technologiques tel l'aérographe. thurairajah veut créer des tableaux qui existent dans un état d'intermédiation, quelque part entre l'espace numérique et l'espace physique, entre l'abstraction et la représentation.

Biographies
geetha thurairajah (née en 1986) vit et travaille à Toronto. Sa pratique varie entre la forme virtuelle et la forme physique. Elle simplifie les récits en un langage d'icônes. Ses symboles en aplats et clairement poussent le réel vers l'impossible. thurairajah est diplômée de la Nova Scotia College of Art and Design University (2014). En 2016, elle a été finaliste du Concours de peintures canadiennes RBC et a aussi présenté sa pratique dans le cadre d’expositions solos à la galerie 8-11 (Toronto), à la galerie AC Repair Co. (Toronto) et bientôt à The New Gallery (Calgary) en avril 2017. Son travail a été publié dans le Editorial Magazine, Canadian Art et Paper Magazine. 
Presse récente
canadianart.ca/features/forward-looking-canadian-artists (print, Winter 2017)
canadianart.ca/features/art-in-2016-a-view-from-toronto (online)
the-editorialmagazine.com (online)
www.papermag.com/artist-diary-geetha-thurairajah (online)

Walter Scott (né en 1985) est un artiste interdisciplinaire travaillant écriture, vidéo, performance et sculpture. En 2011 alors qu'il vivait à Montréal, il a commencé une série de bandes dessinées nommée Wendy. Celle-ci explore le récit d'une jeune femme fictive vivant dans un centre urbain et aspirant à la réussite mondiale et à la célébrité dans le monde de l'art, mais dont les rêves ne se réalisent jamais. Wendy a été présentée dans Modern Painters, Canadian Art, Mousse Magazine et Art in America. Les expositions récentes de Scott incluent Big Toe, Giant Steps à Occidental Temporary (Paris), Ambivalent Pleasures: Vancouver Special à la Vancouver Art Gallery (Vancouver) et Walter Scott and Barb Choit, à la Gallery Weekend (San Francisco). 

Essai pour Shapeshifter de geetha thurairajah
Bugs Goes to the Mall par Walter Scott
Traduit par Emmanuelle Bouet
Bestiole rêva que des pièces de monnaie en cuivre dégringolaient le long de sa colonne vertébrale et s’empilaient au creux de ses reins. Au réveil, il rechercha sur la Toile la signification de son rêve. Les pièces de cuivre sont un signe de guérison. « Enfin », pensa-t-il. Puis il chercha « godemiché en quartz rose ». C’est plutôt cher. Plus tard, dans l’après-midi, il sortit de sa maison – dont la forme est celle d’un cactus couvert d’épines – pour aller voir sa physiothérapeute au centre commercial des Ouaouarons. La physiothérapeute, une corneille taciturne et cultivée, souleva la robe de Bestiole et inséra une banane dans son anus. Par politesse, elle employait le mot « appareil » pour désigner la banane. La physiothérapie est nécessaire dans la région anale comme dans n’importe quelle région du corps (faites une recherche si vous ne me croyez pas), mais notre absurde société protestante et réprimée évite soigneusement les mots trop explicites. Il ne faudrait surtout pas gêner son interlocuteur avec des mots tels que « banane », « monnaie » ou « boules ». Lorsqu’elle retira l’appareil, elle y retrouva trois pièces de cuivre. Mais alors les pièces avaient toujours été là ? La corneille déclara : « Le pouvoir de guérir est en vous. Tout ce dont vous avez besoin pour guérir est à l’intérieur de vous. La guérison se trouve au cœur de la blessure. Etc. » Bestiole paya les quatre-vingt-dix os à la réception, puis s’accorda une longue promenade sur le chemin du retour. Il y avait encore des pièces coincées dans son abdomen. Il sentait chacune d’elles s’exprimer dans un langage différent. L’une d’entre elles parlait le langage des chiens. En réponse, ses oreilles s’allongèrent jusqu’au sol, traînant sur le sable tandis qu’il marchait vers sa maison. La seconde pièce parlait le langage des graines, et Bestiole devint alors tout mauve. Son corps se couvrit lentement d’une éruption de lavande imprégnée de regret et de remords, comme une capsule qui s’ouvre devant vous, pour vous. La troisième pièce, qui parlait le langage des chats, autorisa Bestiole à se coucher sur le sol et regarder le ciel. Dans son nouveau corps lavande à longues oreilles, sa maison lui paraissait à la fois proche et lointaine. Peut-être était-il déjà chez lui ? Mais oui ; il était allongé sur le sable d’un terrarium, sur la table de sa cuisine. « Bien sûr ! Je ne suis jamais parti d’ici. » En regardant son abdomen, Bestiole vit qu’elle était en réalité empalée par la tige d’une rose solitaire. Son regard suivit la tige qui grandissait jusqu’à dépasser l’ouverture du terrarium, droit vers le ciel. Bientôt, se dit-elle, les pétales se détachant de la rose viendraient se poser sur elle, un par un, jusqu’à ce qu’elle se décompose avec eux au sein de cette longue nuit où nous reconnaissons finalement que c’est ainsi. Cette idée l’attrista quelque peu, mais elle savait aussi qu’elle serait réincarnée sous la forme de sa banane. Par l’intermédiaire de la corneille, elle serait alors invitée à l’intérieur d’elle-même – dans les profondeurs obscures où se dissimulent des réponses demeurées jusque-là insaisissables, lorsqu’elle contemple avec nostalgie une photo de vous scotchée au mur de sa chambre. Et c’est là, au creux d’elle-même, qu’elle pourra enfin rencontrer les pièces en personne.